Travaux en copropriété : ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas

Vous venez d’acheter un appartement et vous avez des projets de travaux. Ou vous habitez depuis des années dans votre logement et vous souhaitez enfin abattre cette cloison qui vous agace depuis le premier jour. Avant de commander la benne ou d’appeler le maçon, il y a une question à se poser : ces travaux sont-ils autorisés en copropriété, et si oui, à quelles conditions ? La réponse dépend de la nature des travaux, de leur impact sur les parties communes, et de ce que dit le règlement de copropriété. Voici comment s’y retrouver.

Ce qu’il faut retenir de cet article :

  • En copropriété, les travaux se divisent en trois catégories : ceux que vous pouvez faire librement, ceux qui nécessitent l’accord du syndic ou du conseil syndical, et ceux qui nécessitent un vote en assemblée générale.
  • Tout travail touchant aux parties communes ou à l’aspect extérieur de l’immeuble nécessite une autorisation de l’assemblée générale, quelle que soit son ampleur.
  • Le règlement de copropriété peut être plus restrictif que la loi : il peut interdire des travaux que la loi autoriserait par défaut.
  • Des travaux réalisés sans autorisation peuvent être exigés en remise en état, parfois des années après leur réalisation.
  • Certaines autorisations administratives (permis de construire, déclaration préalable) s’ajoutent aux autorisations de copropriété sans les remplacer.

La distinction fondamentale : parties privatives et parties communes

C’est le point de départ de toute réflexion sur les travaux en copropriété. La loi du 10 juillet 1965 qui régit les copropriétés distingue deux types d’espaces :

Les parties privatives sont celles réservées à l’usage exclusif d’un copropriétaire. Dans un appartement, c’est l’intérieur du logement : les murs intérieurs non porteurs, les revêtements de sol et de mur, les plafonds, les équipements intérieurs. Chaque copropriétaire est libre d’y faire ce qu’il veut, dans les limites fixées par le règlement de copropriété.

Les parties communes appartiennent à tous les copropriétaires en proportion de leurs tantièmes. Ce sont les façades, la toiture, les murs porteurs, les canalisations principales, les couloirs, les escaliers, les caves communes, l’ascenseur. Aucun copropriétaire ne peut y intervenir seul sans autorisation.

La difficulté, c’est que la frontière entre les deux n’est pas toujours évidente. Les murs porteurs, par exemple, sont des parties communes même s’ils se trouvent à l’intérieur d’un appartement. Les gaines techniques et les colonnes montantes sont des parties communes même si elles traversent des logements privatifs. En cas de doute, consultez le règlement de copropriété ou posez la question au syndic avant de commencer quoi que ce soit.

Les travaux que vous pouvez faire librement

Dans vos parties privatives, vous êtes relativement libre. Pas besoin d’autorisation pour :

  • Repeindre les murs, changer les revêtements de sol ou de mur.
  • Refaire la cuisine ou la salle de bains sans modifier les canalisations communes.
  • Installer de nouveaux équipements électriques dans le tableau de votre appartement.
  • Abattre une cloison non porteuse à l’intérieur de votre logement.
  • Remplacer vos menuiseries intérieures (portes, placards).

Ces travaux ne touchent qu’à vos parties privatives et n’affectent pas les parties communes ni l’aspect extérieur de l’immeuble. Vous n’avez pas à en informer le syndic, sauf si votre règlement de copropriété en dispose autrement (certains règlements imposent une simple déclaration préalable pour tous travaux, même mineurs).

Attention cependant : libre ne signifie pas sans contrainte. Vous devez réaliser vos travaux dans le respect des règles de bon voisinage, ne pas causer de nuisances excessives et choisir des horaires compatibles avec la tranquillité des autres résidents. Les jours et horaires autorisés pour les travaux bruyants varient selon les communes, mais en règle générale, les travaux bruyants sont tolérés du lundi au vendredi de 8h à 20h, le samedi de 9h à 19h, et le dimanche de 10h à 12h.

quels travaux sont autorisés en copropriété

Les travaux nécessitant une autorisation de l’assemblée générale

Dès qu’un travail touche aux parties communes ou modifie l’aspect extérieur de l’immeuble, il faut passer par un vote en assemblée générale. C’est une règle absolue, sans exception.

Les travaux touchant aux parties communes

  • Percement d’un mur porteur : même si ce mur se trouve dans votre appartement, il est une partie commune. Son percement nécessite une autorisation de l’assemblée générale et l’intervention d’un bureau d’études structure.
  • Modification des canalisations communes : déplacement d’une colonne montante, raccordement sur une canalisation principale.
  • Installation d’une borne de recharge électrique dans les parties communes ou le parking commun.
  • Pose d’une climatisation avec unité extérieure en façade ou sur le toit : l’unité extérieure étant visible de l’extérieur ou fixée sur une partie commune, elle nécessite une autorisation.
  • Création d’une terrasse ou d’un balcon empiétant sur des parties communes.

Les travaux modifiant l’aspect extérieur

  • Remplacement des fenêtres par des modèles d’aspect différent (autre couleur, autre matériau) : même si les fenêtres sont dans votre appartement, leur aspect extérieur est une partie commune.
  • Installation de volets là où il n’y en avait pas.
  • Pose d’une verrière en façade ou modification de toute ouverture visible de l’extérieur.
  • Installation de panneaux solaires en toiture ou en façade.

Quelle majorité faut-il pour voter les travaux ?

C’est souvent là que ça se complique. La loi du 10 juillet 1965 distingue plusieurs niveaux de majorité selon la nature des travaux.

La majorité de l’article 24 (majorité simple des voix exprimées des copropriétaires présents ou représentés) s’applique pour les décisions courantes : travaux d’entretien et de conservation, mesures nécessaires à la préservation de l’immeuble.

La majorité de l’article 25 (majorité des voix de tous les copropriétaires, présents, représentés ou absents) est requise pour des décisions plus importantes : autorisation de travaux affectant les parties communes réalisés aux frais d’un copropriétaire, installation d’une borne de recharge, travaux d’accessibilité.

La majorité de l’article 26 (majorité des membres du syndicat représentant au moins les deux tiers des voix) est nécessaire pour les décisions les plus lourdes : travaux d’amélioration, adjonction d’éléments nouveaux, modification du règlement de copropriété.

En pratique, mieux vaut anticiper : si vous savez que vous aurez besoin d’une autorisation de l’assemblée générale, inscrivez le point à l’ordre du jour bien en avance (généralement au moins 21 jours avant la tenue de l’assemblée). Une assemblée générale ne se tient en moyenne qu’une fois par an : rater l’inscription à l’ordre du jour, c’est attendre un an de plus.

Les travaux d’amélioration énergétique : un régime spécifique

Depuis la loi Climat et Résilience de 2021, les copropriétaires ont le droit de faire réaliser à leurs frais des travaux d’amélioration énergétique dans leurs parties privatives, même si ces travaux affectent les parties communes, sous certaines conditions. C’est ce qu’on appelle le droit à la prise étendu aux travaux de rénovation énergétique.

Concrètement, un copropriétaire peut demander à l’assemblée générale l’autorisation de réaliser des travaux d’isolation, de remplacement de fenêtres ou d’installation de systèmes de chauffage individuel, même s’ils nécessitent des interventions sur les parties communes. L’assemblée générale ne peut refuser cette autorisation que si les travaux portent atteinte à la structure de l’immeuble, à ses éléments d’équipements essentiels, ou à son harmonie architecturale.

Le règlement de copropriété : toujours le lire en premier

La loi fixe un cadre général, mais le règlement de copropriété peut être plus restrictif. Certains règlements anciens interdisent par exemple tout percement de la façade, même pour une petite fenêtre. D’autres imposent des matériaux spécifiques pour les menuiseries ou les volets. D’autres encore soumettent à déclaration préalable des travaux que la loi considère comme libres.

Si votre règlement est ancien (années 1960-1980), il peut contenir des clauses aujourd’hui contraires à la loi ou difficiles à faire appliquer. Mais tant qu’elles n’ont pas été formellement abrogées par un vote en assemblée générale à la majorité de l’article 26, elles restent théoriquement opposables. En cas de doute, consultez un avocat spécialisé en droit de la copropriété avant d’entreprendre des travaux qui pourraient être contestés.

Ce qui se passe en cas de travaux non autorisés

C’est la question que beaucoup se posent en pensant « personne ne regardera ». En réalité, les conséquences peuvent surgir des années après les travaux, souvent au moment le plus inopportun : la vente du bien.

Le syndicat de copropriété peut exiger la remise en état à vos frais, même si les travaux ont été réalisés par le propriétaire précédent. La prescription pour ce type d’action est de 10 ans à compter de la réalisation des travaux. Un mur porteur abattu sans autorisation dans les années 2010, par exemple, peut toujours faire l’objet d’une demande de remise en état en 2025.

En cas de sinistre (dégât des eaux, affaissement, fissures) dont la cause serait liée à des travaux non autorisés, votre assurance peut refuser de prendre en charge les dommages. C’est un risque financier réel qui dépasse largement le coût d’une simple autorisation.

Avant tout projet de travaux dans votre appartement, prenez cinq minutes pour relire votre règlement de copropriété et poser la question au syndic si vous avez le moindre doute. C’est toujours moins coûteux que de tout remettre en état après coup.