La valeur verte, c’est un terme qu’on entend de plus en plus dans les transactions immobilières, et pour cause : la performance énergétique d’un logement pèse désormais de façon mesurable sur son prix de vente. Ce n’est plus une tendance de fond vague, c’est une réalité documentée par les Notaires de France chaque année. Un logement bien noté au DPE se vend plus cher et plus vite qu’un logement énergivore de même surface dans le même secteur. Voici ce que ça signifie concrètement, et comment en tirer parti.
Ce qu’il faut retenir de cet article :
- La valeur verte désigne le surplus de valeur qu’un logement performant sur le plan énergétique tire de sa classe DPE par rapport à un logement énergivore de même surface et de même localisation.
- Les Notaires de France documentent chaque année les décotes des passoires thermiques (F et G) et les primes des logements bien classés (A et B) : en 2024, les maisons classées G se sont vendues en moyenne 25 % moins cher que les maisons classées D.
- L’impact du DPE sur le prix de vente varie selon le type de bien, la région et le marché local, mais il est réel et croissant depuis 2021.
- Les travaux de rénovation énergétique ne génèrent pas toujours un retour sur investissement immédiat à la revente, mais ils réduisent la décote et accélèrent la vente.
- En 2024, 40 % des transactions immobilières portaient sur des logements classés E, F ou G : la pression à la vente sur les passoires thermiques est désormais structurelle.
Qu’est-ce que la valeur verte exactement ?
La valeur verte est la différence de prix de vente entre deux logements comparables (même surface, même secteur, même état général) dont la seule différence notable est leur performance énergétique. Un logement classé B se vend en moyenne plus cher qu’un logement classé E ou F de même nature, et cet écart constitue la valeur verte.
Le concept n’est pas nouveau : les économistes et les notaires l’observent depuis le début des années 2010. Mais il a pris une ampleur significative depuis la réforme du DPE en juillet 2021 (qui l’a rendu juridiquement opposable) et surtout depuis l’entrée en vigueur des premières interdictions de location des passoires thermiques en 2025. La valeur verte n’est plus un argument de vente parmi d’autres : c’est un critère de valorisation objectif que les acheteurs intègrent systématiquement dans leurs offres.
Ce que disent les données des Notaires de France
Les Notaires de France publient chaque année des données sur l’impact du DPE sur les prix de l’immobilier. Les chiffres varient selon les régions et les types de biens, mais les tendances sont claires et convergentes.
Pour les maisons individuelles, les données 2024 publiées par les Notaires de France montrent des écarts spectaculaires. En France, une maison ancienne classée G se vend en moyenne 25 % moins cher qu’une maison classée D de même surface. À l’opposé, une maison classée A ou B peut se vendre significativement plus cher selon les régions : jusqu’à +15 % dans le Grand-Est, +17 % en Occitanie. Et sur l’ensemble du territoire, une maison ancienne de 90 à 110 m² se vend en moyenne 1,9 fois plus cher lorsqu’elle est classée A ou B plutôt que F ou G, selon les données des Notaires.
Pour les appartements, l’impact est réel mais plus variable selon les marchés. Les données des notaires indiquent des décotes allant de -2 % à Paris (marché très tendu où la rareté atténue l’effet DPE) à -11 % dans le Grand-Est et les Hauts-de-France pour les logements classés F ou G. À l’inverse, les appartements classés A ou B affichent des plus-values pouvant atteindre +20 % en Normandie et +16 % en Occitanie par rapport à la classe D de référence.
Un chiffre illustre bien la pression qui s’exerce sur ce segment : en 2024, 40 % des transactions de logements anciens portaient sur des logements classés E, F ou G. Les propriétaires de passoires thermiques cherchent à vendre avant que la réglementation ne les oblige à rénover, et les acheteurs le savent.
Pourquoi l’impact du DPE s’est-il accéléré depuis 2021 ?
Plusieurs facteurs expliquent cette accélération, et ils se cumulent.
Le premier : le DPE est devenu opposable depuis juillet 2021. Avant cette date, il était informatif mais non contractuel. Un acheteur qui constatait après la vente que la consommation réelle du logement était très supérieure aux estimations du DPE n’avait que peu de recours. Depuis 2021, le vendeur est responsable des informations contenues dans le DPE : si l’étiquette s’avère erronée, l’acheteur peut engager sa responsabilité pour obtenir une baisse de prix ou des dommages et intérêts.
Le deuxième : les interdictions de location ont rendu les passoires thermiques inlouables. Les logements classés G ne peuvent plus être proposés à la location depuis le 1er janvier 2025. Les propriétaires bailleurs qui n’ont pas rénové se trouvent coincés, et ceux qui cherchent à vendre font face à des acheteurs qui intègrent le coût des travaux dans leur offre. La décote des passoires thermiques est donc en partie mécanique.
Le troisième : la hausse des prix de l’énergie a rendu le coût de chauffage d’un logement énergivore plus visible et plus douloureux qu’il ne l’était il y a dix ans. Un logement classé G peut coûter plusieurs milliers d’euros de plus par an en chauffage qu’un logement classé C de même surface. Les acheteurs calculent désormais le coût total de possession, pas seulement le prix d’achat.
À noter enfin : depuis juillet 2024, la méthode de calcul du DPE a été ajustée pour les logements de moins de 40 m², ce qui a permis à un certain nombre de petites surfaces de sortir de la catégorie des passoires thermiques sans travaux. Mais cette mesure technique ne concerne qu’une fraction du parc, et ne change pas la tendance de fond sur les grands logements.

Les travaux de rénovation : quel retour sur investissement ?
C’est la question que tout propriétaire se pose avant d’engager des dépenses significatives. Et la réponse honnête est : ça dépend. Du marché local, de l’ampleur des travaux, de la classe DPE de départ et de celle qu’on vise.
Les travaux qui valorisent le plus
Les travaux qui génèrent le meilleur retour en termes de valeur verte sont ceux qui permettent de franchir un seuil de classe DPE significatif, notamment le passage de F ou G vers D ou C. Ce sont ces passages qui font sortir le bien de la catégorie « passoire thermique » et qui l’ouvrent à nouveau à la location.
Par ordre d’impact généralement observé :
- Le remplacement du système de chauffage (passage d’une chaudière fioul ou d’un chauffage électrique direct à une pompe à chaleur) : c’est souvent le geste le plus efficace pour améliorer la classe DPE, car le type d’énergie utilisé pèse lourd dans le calcul.
- L’isolation de la toiture et des combles : rapport coût/efficacité parmi les meilleurs, notamment pour les combles perdus où le soufflage d’isolant est peu invasif et peu coûteux.
- L’isolation des murs : impact significatif sur les déperditions thermiques et donc sur la note DPE, mais investissement plus lourd.
- Le remplacement des fenêtres : impact sur le confort perçu très fort, mais impact sur la note DPE plus limité que l’isolation des parois opaques.
Le retour sur investissement : prudence sur les chiffres
Il serait trompeur d’affirmer que chaque euro investi en rénovation énergétique se traduit par un euro de plus-value à la revente. Ce n’est pas systématiquement vrai, et les études sur ce sujet donnent des résultats variables selon les marchés.
Ce qui est mieux documenté, en revanche :
- La décote évitée : rénover un logement classé G pour le passer en D évite la décote pouvant atteindre 25 % que subirait le bien non rénové. Sur un bien valant 300 000 €, c’est une perte évitée de 75 000 €.
- La rapidité de vente : les logements bien classés au DPE trouvent preneur plus rapidement. Dans un marché qui se tend, passer moins de temps en vente réduit les coûts de portage (crédit en cours, charges, taxe foncière) et améliore la position de négociation du vendeur.
- L’accès à une base d’acheteurs plus large : un logement classé D ou C peut être loué, revendu à un investisseur ou à un primo-accédant. Un logement classé G ne peut plus être loué et suscite la méfiance des investisseurs.
La valeur verte dans les biens atypiques
Dans mon activité quotidienne sur les biens atypiques (ateliers, lofts, maisons de caractère), la question de la valeur verte se pose de façon particulière. Ces biens ont souvent des volumes importants, des verrières, des hauteurs sous plafond élevées… autant de caractéristiques qui pèsent sur la note DPE.
Un atelier reconverti avec une belle verrière non isolée peut se retrouver classé F ou G, même si par ailleurs il est magnifique et très bien situé. Dans ce cas, la valeur verte joue à rebours : le cachet du bien attire des acheteurs qui acceptent la note DPE comme une contrepartie assumée, mais ils négocient en intégrant le coût des travaux dans leur offre.
J’ai vu des transactions sur des lofts ou des ateliers où l’acheteur avait chiffré précisément les travaux de rénovation énergétique et les avait déduits de son offre au centime près. C’est devenu une pratique courante, et les vendeurs qui n’avaient pas anticipé cette logique ont souvent été surpris.
Comment maximiser la valeur verte avant une vente ?
Si vous envisagez de vendre dans les deux à cinq prochaines années, voici les étapes à suivre pour optimiser la valeur verte de votre bien.
- Faites réaliser un audit énergétique avant tout travaux : il vous donnera une vision précise des gestes les plus efficaces pour votre logement spécifique, et des gains de classe DPE attendus pour chaque scénario.
- Concentrez les travaux sur les gestes à fort impact DPE, pas nécessairement sur ceux qui améliorent le confort à court terme. Le remplacement d’une chaudière fioul par une PAC air/eau peut faire gagner deux classes DPE à lui seul.
- Mobilisez les aides disponibles (MaPrimeRénov’, CEE, éco-PTZ) pour réduire votre reste à charge. Ces aides peuvent couvrir une part significative du coût des travaux, ce qui améliore mécaniquement le retour sur investissement.
- Faites refaire le DPE après travaux : un DPE réalisé avant travaux ne reflète pas les améliorations apportées. Un nouveau DPE montrant une meilleure classe est indispensable pour valoriser les travaux auprès des acheteurs.
- Communiquez sur les travaux réalisés dans l’annonce et lors des visites : les factures des entreprises, les attestations de travaux, les certificats d’économies d’énergie obtenus sont autant d’éléments qui rassurent l’acheteur et justifient le prix demandé.
La valeur verte n’est plus un argument marketing parmi d’autres : c’est un critère objectif qui s’impose progressivement à tous les acteurs du marché immobilier. Les propriétaires qui l’ont compris avant les autres ont une longueur d’avance.